La découverte du domaine prend fin brutalement à l'appel de cris affolés, le grondement d'avions se faisant entendre concomitamment. En sortant précipitamment, Edmond et Michel aperçoivent un bout d'aile en contrebas du coteau. L'avion a dû faire un sacré piqué. Le calme revient. Les deux garçons rejoignent en courant le groupe d'adultes rassemblés au pied du perron. Un vrombissement encore plus fort augmente de seconde en seconde, suivi de quatre sifflements. Ces derniers paraissent interminables. Quatre explosions s'ensuivent. Tous les enfants s'accrochent à leurs parents. La vallée a dû être attaquée. Les enfants sont conduits à l’intérieur. Deux adultes vont apprécier les dégâts depuis le belvédère à proximité du four à pain. Un énorme incendie s'est déclenché le long de la voie ferrée. Plusieurs impacts semblent avoir fait sauter les rails. Les deux hommes rapportent ce qu’ils viennent de voir à l'assistance inquiète.

 

Cette foutue guerre ne finira donc jamais semblent lancer en chœur ces yeux attentifs au récit. Edmond pense à son père dont il attend le retour le plus tôt possible. Il pense à sa grand-mère restée en ville. Après avoir bombardé la vallée, les avions ont peut-être poussé plus loin leur attaque. Il espère bien que non.

 

La cloche sonne au portail. Avec toutes ces émotions, chacun a oublié l’heure. Personne ne pensait plus à la visite hebdomadaire de l'Abbé